La forte propagation d’espèces végétales et animales exotiques cause d’importants dommages sur les plans économique, écologique et sanitaire. Pour les éviter, une gestion globale et adaptée est nécessaire.
Les solidages américains et les séneçons bordent souvent les sentiers et leur confèrent un aspect pittoresque avec leurs fleurs jaunes et blanches. L’imposante berce du Caucase impressionne à l’orée de la forêt, tandis que le buddleia fait le bonheur de nombreux papillons qui viennent butiner ses fleurs violettes. Mais toutes ces espèces font partie des néophytes envahissantes qui, par leur forte propagation, menacent la diversité végétale indigène. Ces plantes introduites causent des problèmes dans les zones agricoles et mettent en danger la santé de la population
On connaît les moules quagga et les frelons asiatiques, qui se sont implantés en dehors de leur aire de répartition d’origine à la suite de l’activité humaine. Ces animaux sont appelés néozoaires et, tout comme les néophytes, ils perturbent les écosystèmes et causent des dommages considérables aux infrastructures.
Selon les estimations, les néobiotes envahissants, qui regroupent les néozoaires et les néophytes, entraînent chaque année plus de 423 milliards de dollars de coûts à l’échelle mondiale. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) évalue les coûts annuels pour la Suisse à environ 170 millions de francs, dont environ trois quarts sont imputables aux dégâts et un quart aux mesures de lutte. L’invasion de néobiotes est un sujet qui concerne toute la Suisse. Le canton d’Argovie figure actuellement parmi les cantons les plus actifs dans la lutte contre ce fléau.
Informer et inciter les habitant.es à agir
« De nombreuses espèces invasives sont déjà bien implantées, et une élimination totale est illusoire », explique Belinda Biesuz, responsable de projet « Néobiotes » du canton d’Argovie. La gestion des néobiotes vise plutôt à limiter les risques et les dommages de manière ciblée. La nouvelle stratégie du canton fixe donc comme objectif principal de protéger le plus efficacement possible les biens à préserver. Le canton a édité des dépliants et des affiches pour informer sur les différentes espèces néophytes envahissantes. À cela s’ajoutent l’organisation de cours gratuits pour reconnaître les plantes problématiques et des actions de récoltes participatives. Des sacs de récolte sont aussi distribués gratuitement. Il faut savoir que beaucoup de plantes invasives ne peuvent pas être compostées. Elles doivent être placées dans un sac étanche et incinérées. Une approche fondée sur les risques est par ailleurs adoptée. Elle consiste à concentrer la lutte là où le risque de dommages est particulièrement élevé, notamment dans les réserves naturelles et les zones agricoles.
Mieux vaut prévenir que guérir
Certaines néophytes envahissantes font l’objet d’une interdiction de manipulation dans toute la Suisse, c’est-à-dire que tout maniement de la plante – à l’exception de son élimination – est interdit. « Sont considérées comme des manipulations, par exemple, la cueillette et l’entretien », précise Belinda Biesuz. Depuis 2024, nombre de ces plantes sont en outre interdites de commercialisation.
Révision de la loi fédérale
La loi sur la protection de l’environnement (LPE) est en cours de révision afin de lutter plus efficacement contre les espèces exotiques envahissantes. La Confédération veut accroître ses moyens d’action contre les néobiotes sur ses propres terrains, tels que les routes nationales, les places d’armes et les aéroports.

