L’urbanisation fait pression sur la biodiversité. Nos agglomérations sont pourtant elles aussi devenues des habitats intermédiaires pour de nombreuses espèces. Alors, comment protéger la biodiversité autour de sa maison ou de son immeuble ? En commençant par l’entretenir dans le respect de l’environnement.
La biodiversité est comme un tissu qui garantit la résilience de nos écosystèmes, y compris de nos sociétés humaines, dépendantes de la nature. Or, là où ce maillage s’abîme, tout risque de s’effiler.
Le secteur du bâtiment contribue tout particulièrement à la crise de la biodiversité, par l’urbanisation, la fragmentation et la détérioration des milieux naturels, ou encore la pollution. Mais nos villes et villages sont aussi devenus un habitat pour la faune et la flore. L’enjeu est donc de maintenir des structures utiles à la biodiversité au cœur des espaces urbains, d’y intégrer davantage d’espaces verts et d’éviter toute pratique nuisible pour l’environnement.
Dans cet article, nous nous penchons sur les risques et opportunités liés à l’entretien du bâtiment et de son périmètre. Cet entretien indispensable à la santé du bâti devrait aussi préserver la biodiversité. Ci-après, quatre principes incontournables pour y parvenir.
Prévenir les pollutions
En entretenant son bâtiment, on recourt trop souvent à des substances néfastes pour l’environnement. Elles affectent les sols, les eaux, les microorganismes, les plantes et enfin les animaux. Ces derniers subissent ainsi lourdement les effets de la bioaccumulation des toxiques.
Les agents de nettoyage constituent une première source de polluants, dont certains font d’ailleurs l’objet de restrictions. L’ordonnance fédérale sur la réduction des risques liés aux produits chimiques (ORRChim) interdit du reste d’utiliser des produits biocides contre les mousses ou algues sur les toits, les terrasses, les parkings ou toute autre surface stabilisée, pour éviter le lessivage des substances dans la nature. Cela vaut aussi pour certains produits d’origine naturelle (vinaigre, sel). L’action thermique (eau bouillante, désherbeur thermique) et mécanique (brosse, balai) est une alternative. Dans tous les cas, mieux vaut prévenir que guérir, notamment en limitant les risques de moisissures. Ainsi, on peut limiter l’exposition aux intempéries (adaptation de l’avant-toit), réduire l’ombrage en taillant la végétation alentour et réparer les fissures où s’accumule l’humidité2.
Autre catégorie de polluants : les agents de protections de surfaces. Certains produits traitants pour le bois menacent directement la santé des chauves-souris, animaux protégés susceptibles de gîter dans les parties boisées du bâti (dans les charpentes, derrière les bardages et volets). Pour remédier à ce problème, InfoBat a dressé la liste des traitements de charpentes garantis sans danger. Quant aux autres revêtements de façade et peintures, on privilégiera des produits certifiés sans biocides, répertoriés notamment par la Fondation Suisse Couleur.
Comme derniers types de polluants, nous citerons ici ceux contenus dans les matériaux de construction. Optez pour des alternatives écologiques, quand un élément doit être remplacé (par exemple, un pan d’isolants synthétiques (polystyrène expansé, mousses pétrochimiques…). En effet, ceux-ci rejettent des composés organiques volatils tout au long de leur cycle de vie. Ces derniers sont néfastes pour les oiseaux qui nichent directement sur les façades (hirondelles, martinets). La plateforme ecoProduit de l’association ecoBau recense les matériaux labellisés écologiques. On veillera aussi à éliminer les anciens matériaux de manière responsable.
Entretenir pour ne pas se laisser envahir
L’entretien inclut également la lutte contre les plantes exotiques envahissantes. Elles sont très compétitives et menacent la flore locale. On en trouve bien sûr au jardin, mais certaines, comme la vergerette annuelle ou la solidage du Canada, s’épanouissent aussi entre les pavés, sur les places en gravier, dans les fissures du bitume, voire sur les toits plats. Le site d’InfoFlora recense ces néophytes et indique les méthodes de lutte adéquates pour chacune. La lutte chimique est déconseillée. On lui préfèrera une action mécanique (arrachage complet). Misez aussi sur une gestion intégrée en semant des plantes indigènes sauvages (avec les recommandations de RégioFlora) dans les zones désherbées pour limiter le retour des invasives. Quant aux plantes poussant spontanément et qui ne sont pas problématiques, elles sont bénéfiques à la biodiversité. Laissez-les s’épanouir là où c’est possible.
Attention toutefois : certaines plantes couramment entretenues au jardin ou sur les façades sont des néophytes envahissantes. C’est le cas du buddléia de David, du laurier-cerise (haies) ou de la vigne vierge commune (végétalisation de murs et façades). Renseignez-vous sur ces espèces et leurs alternatives possibles, ainsi que sur d’éventuelles aides cantonales ou communales pour le remplacement des haies de plantes invasives.
Entretien du jardin : en faire moins pour davantage de biodiversité
La biodiversité ne s’épanouit pas dans un jardin trop ordonné. Les pelouses uniformes et taillées au millimètre sont très pauvres en biodiversité et n’offrent que peu d’abris pour la faune. Outre l’usage d’engrais ou de pesticides, certaines pratiques peuvent même être fatales pour les espèces. Pensons notamment au brûlage des déchets végétaux, qui est d’ailleurs interdit. Il est facile d’y renoncer en fauchant et en tondant moins souvent, en paillant son potager avec des feuilles et du bois morts ou en construisant des tas de branches et des murets pour abriter la petite faune.
Entretenir sans déranger la faune
On a trop peu conscience des discrets animaux qui partagent notre habitat. Il est alors possible que nous les dérangions, voire que nous mettions leur vie en danger, notamment lors de travaux d’entretien.
Au jardin ou dans les allées, le bruit des souffleuses à feuilles ou des tondeuses est un facteur de stress. Ces dernières, en particulier automatiques, peuvent s’avérer mortelles pour les hérissons, espèce nocturne. Ne les faites en tout cas jamais fonctionner le soir et la nuit.
Des précautions s’imposent lors des travaux sur le bâtiment, car on peut tomber nez à nez avec des animaux protégés au sens de l’ordonnance sur la protection de la nature (OPN) et de la loi sur la chasse (LChP), comme les chauves-souris, les amphibiens, ou bon nombre d’oiseaux. Il est interdit d’endommager ou de détruire les nids, d’enlever les œufs et de déranger les oiseaux durant le temps d’incubation. Les travaux sur la façade ou le toit doivent se faire hors de la période de nidification, qui s’étend de début mars à fin juillet. Si la rénovation d’une façade doit durer un certain temps, on peut accrocher des nichoirs de remplacement aux échafaudages, en prenant conseil auprès d’un spécialiste. La Station ornithologique suisse propose un outil de décision en ligne en cas de découverte d’oiseaux ou de nids. Sa brochure « Sites de nidification pour les martinets », réalisée avec l’appui d’HabitatDurable, offre aussi des conseils souvent valables pour toute l’avifaune. Concernant les chauves-souris, InfoBat fournit de précieux conseils ; pour les amphibiens, consultez le site du KARCH.
Enfin, les phases d’entretien sont l’occasion d’identifier les défauts du bâti, mais aussi ses potentiels pour la faune. Gare aux grandes surfaces vitrées (collisions d’oiseaux), aux puits de lumière (écueils pour amphibiens ou hérissons), aux cheminées et descentes d’eaux pluviales (chutes de passereaux ou chauves-souris), ou aux éclairages excessifs (attrait fatal aux insectes, notamment). Des solutions simples existent, comme ajouter des motifs adhésifs sur les vitrages ou des éléments de protection pour prévenir les chutes. Pro Natura et l’association Nos Voisins sauvages en dressent la liste sur leur site web.
L’entretien comporte souvent des risques pour la biodiversité. Mais ces travaux incontournables pour la santé des bâtiments peuvent aussi nous faire prendre conscience de l’impact du bâti sur l’environnement et la nature, et nous pousser à mieux en prendre soin.


