Depuis l’entrée en vigueur du deuxième paquet d’ordonnances de la loi sur l’électricité (Mantelerlass) au 1er janvier 2026, certains propriétaires d’installations solaires, par ailleurs lecteurs de la Revue HabitatDurable, se sentent « piégés et pris en otage » et nous le font savoir. Nous consacrons donc cet article à ces nouvelles règles du jeu : quels changements et comment s’adapter ?
« Le boom du solaire » n’est pas qu’une formule. Selon Swissolar, l’association suisse des professionnels de l’énergie solaire, la puissance installée a plus que doublé en cinq ans, de 3,65 GW en 2021 à quelque 8,2 GW en 2025–2026, et la part du solaire dans le mix énergétique est passée d’environ 6 % à près de 14 % fin 2025. Une bonne nouvelle pour la transition, mais une mauvaise pour l’équilibre du réseau, avec surproduction à midi et en été, et déficit en hiver et le soir. Faire face à ce double décalage, saisonnier et journalier, est devenu le défi central des gestionnaires de réseau de distribution (GRD), tandis que les prix du courant solaire injecté dans le réseau se sont écroulés. C’est ce que le nouveau cadre légal cherche à accompagner.
Les conséquences immédiates
Après un premier paquet d’ordonnances en janvier 2025, le second est en vigueur depuis janvier 2026 et introduit trois changements majeurs. D’abord, un prix de reprise indexé sur le marché. Fini le calcul annualisé basé sur les coûts propres de chaque GRD : le prix est désormais trimestrialisé et aligné sur le prix moyen du marché, ce qui signifie que la rémunération fluctue selon l’offre et la demande réelle. Ensuite, le prix plancher à 6 ct/kWh. Pour les petites installations de moins de 30 kW, soit la quasi-totalité des installations sur toits de maisons individuelles et de petits immeubles, l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) impose ce minimum pour protéger les producteurs lorsque les prix du marché sont extrêmement bas, voire négatifs. Enfin, les garanties d’origine. Certains GRD ont annoncé ne plus reprendre ces certificats attestant de la provenance renouvelable de l’énergie produite. C’est ce point, combiné au prix plancher, qui a déclenché les réactions les plus vives. En parallèle, le déploiement des compteurs intelligents entraîne un nouveau poste sur la facture, d’environ CHF 6,75 par mois.
Un plancher légal et des pratiques variables
Sur les plus de 600 GRD suisses, les pratiques divergent fortement : certains proposent des tarifs supérieurs au minimum légal, d’autres s’y tiennent. Romande Energie (RE) est parmi ceux qui appliquent la méthode OFEN, et elle n’est pas la seule. Le GRD s’expose donc à la critique, tout en l’assumant. En effet, RE a un profil dit « rural » et dessert de vastes territoires à faible densité de consommateurs, mais à fort potentiel solaire. En clair : beaucoup de toits qui produisent de l’énergie, mais peu de gros consommateurs à proximité. Résultat : le ratio entre énergie injectée par les producteurs et énergie consommée par les clients captifs (aussi appelés « au monopole ») est élevé, et chaque centime accordé au-delà du plancher pèse sur l’ensemble des consommateurs. Une logique que partage tout GRD, mais que RE ressent avec une acuité particulière. RE a par ailleurs rétabli la rémunération des garanties d’origine en 2026, pour adoucir la transition et soutenir ses clients producteurs.
Trois leviers pour s’adapter
Dans ce nouveau contexte, trois leviers s’offrent aux propriétaires pour améliorer la rentabilité de leur installation.
- Autoconsommer d’abord.
Chaque kWh consommé directement réduit la dépendance au prix GRD, allège la facture et aide à stabiliser le réseau. Cela implique d’adapter ses habitudes : lancer le lave-linge, la pompe à chaleur ou le lave-vaisselle aux heures de forte production solaire (milieu de journée), plutôt que le soir. Pour les véhicules électriques, programmer la recharge en journée permet également de valoriser directement l’énergie produite. Un système de gestion énergétique (home energy management system) peut automatiser ces décalages.
- Investir dans le stockage.
Une batterie permet de décaler l’autoconsommation vers le soir et profiter ainsi d’une énergie à bas prix. Par ailleurs, les prix des batteries ont baissé ces dernières années, rendant l’investissement de plus en plus accessible. À l’horizon de quelques années, la bidirectionnalité des véhicules électriques (vehicle-to-home) offrira une alternative : utiliser la batterie de sa voiture comme stockage domestique.
- Partager son énergie avec ses voisins.
Si les Regroupements pour la consommation propre (RCP) permettaient déjà à plusieurs logements d’un même bâtiment de partager une production solaire, les Communautés électriques locales (CEL) vont plus loin. Grâce à elles, le partage d’énergie s’étend à l’échelle d’un quartier ou d’un village. Un propriétaire peut ainsi vendre son surplus à ses voisins à un tarif librement négocié entre membres, généralement plus avantageux que le prix de reprise GRD. Les CEL permettent également de mutualiser les investissements ( batteries, pilotage intelligent) et de créer des synergies entre profils de consommation complémentaires (un producteur qui injecte à midi pour alimenter un voisin, voire un locataire, ou toute personne travaillant à domicile). Mais au-delà des outils, c’est un état d’esprit qu’il s’agit d’adopter : installer du solaire, c’est participer à la transition énergétique. Pas s’enrichir. Le but est de couvrir son amortissement, de réduire sa dépendance aux achats d’électricité sur le marché et de contribuer à la stabilité du réseau. Une installation bien dimensionnée, couplée à un ou plusieurs de ces leviers, reste un investissement pertinent et utile.
Ce qui a changé au 1er janvier 2026
- Nouveau calcul du prix de reprise : trimestriel dès janvier 2026, journalier (prix spot) dès juillet 2026 ;
- Prix plancher à 6 ct/kWh : protection contre les prix négatifs du marché, pour les petites installations (< 30 kW). Les GRD peuvent aller au-delà, les pratiques divergent ;
- Communautés électriques locales (CEL) : nouveau mécanisme de vente du surplus à des voisins ou acteurs locaux, à un prix souvent supérieur au prix GRD ;
- Nouveau tarif de la place de mesure : CHF 6,75/mois.

