La végétalisation extensive des toitures offre de nombreux avantages économiques et écologiques. En Suisse romande, la Ville de Lausanne joue les pionnières en encourageant financièrement des réalisations particulièrement favorables à la nature.
Depuis des siècles, la végétation coiffe les habitations traditionnelles dans de nombreuses régions de la planète. Prélevée localement, cette couche végétale améliore le confort thermique des habitants tout en protégeant les constructions. Aujourd’hui, l’intérêt ne se mesure toutefois plus seulement en termes d’isolation. Une toiture végétalisée contribue à la gestion des eaux de pluie, en ralentissant les débits d’évacuation en cas d’orage, et participe au rafraîchissement urbain en atténuant la surchauffe des bâtiments.
Elle assure aussi une plus longue vie aux matériaux d’étanchéité en limitant les écarts de température, participe à l’épuration de l’air en filtrant les particules fines, et renforce la biodiversité en offrant aux espèces sauvages de nouveaux habitats. La Ville de Lausanne l’a bien compris : depuis 2013, elle s’est engagée officiellement à promouvoir la végétalisation extensive des toitures plates sur tout le territoire communal.
Une subvention est offerte
En prenant exemple sur Bâle, qui mène une politique incitant à la végétalisation des toits depuis plus de 20 ans, Lausanne a lancé un programme de subventionnement en mars 2015. L’objectif n’est pas seulement quantitatif mais qualitatif. Des directives concernant la qualité écologique de la végétalisation ont été émises. Elles se basent notamment sur les recommandations de la nouvelle norme SIA 312 « Végétalisation de toitures ». La plupart des toitures extensives réalisées actuellement présentent en effet peu d’intérêt pour la nature : les substrats industriels légers, d’origine volcanique, sont généralement épandus sur une épaisseur de 8 cm, ce qui est si faible que seules quelques plantes extrêmement résistantes à la sécheresse, comme les orpins, parviennent à survivre. De plus, les mélanges de graines proposés comportent souvent des espèces horticoles, exotiques ou même invasives qui soutiennent peu la petite faune locale.
Pour avoir droit à la subvention lausannoise, une moyenne de 12 cm de substrat est exigée, à répartir sur des épaisseurs inégales. Le substrat doit être composé d’au moins 50 % de matériaux locaux, comme par exemple du tout-venant ou encore des briques ou tuiles recyclées, ceci afin de diminuer la part d’énergie grise, mais aussi de correspondre davantage à un sol naturel. Les plantes seront exclusivement indigènes et il est demandé de rajouter des éléments comme des tas de bois, des points d’eau, des monticules de cailloux ou de sable, ceci afin de diversifier au maximum l’offre en habitats pour les plantes, les oiseaux et les insectes. L’effort consenti permet de recevoir une aide conséquente de CHF 40.–/m2, pour un maximum de CHF 12 000.– par toiture, qu’il s’agisse d’un projet de rénovation ou d’une nouvelle construction.
Des plantes sous les panneaux solaires
Lausanne encourage également la combinaison entre végétation et installation solaire photovoltaïque, comme cela a été fait en 2014 sur les 6000 m2 de la toiture des halles sud de Beaulieu. Les plantes et leur substrat ont en effet un effet bénéfique sur les panneaux en rafraîchissant les panneaux solaires, dont le rendement énergétique diminue en cas de surchauffe. Des précautions techniques doivent toutefois être prises lors des aménagements afin que la végétation n’ombrage pas les cellules.
Afin de convaincre les professionnels et les propriétaires intéressés le Service des parcs et domaines de la Ville ouvrira dès le mois de mai au public un espace d’exposition et d’expérimentation dédié aux toitures « biodiversifiées », situé à proximité de l’établissement horticole (avenue du Chablais 46). Architectes et propriétaires pourront s’y faire une bonne idée de ce à quoi ressembleront les toitures plates de demain.

