Voici maintenant quinze ans que les toilettes sèches équipent festivals, buvettes, chalets d’alpages… Des dizaines de milliers de personnes sont ainsi sensibilisées à l’existence d’autres pratiques d’assainissement. Nul besoin de refaire ici l’apologie d’un système alternatif au tout-à-l’égout dont on connaît les limites et les dégâts infligés à notre plus précieuse ressource : l’eau, notre or bleu. En Suisse, chaque habitant utilise en moyenne par année 16’400 litres d’eau aux toilettes.
S’il est assez aisé de poser des écotoilettes* dans un milieu rustique, qu’en est-il de l’installation de toilettes sèches dans l’habitat permanent ?
Comment démarrer et quels conseils suivre pour une transition sereine vers un assainissement écologique de nos déjections ? Ces quelques lignes ont pour but de vous aider à apprivoiser cette nouveauté, vous décomplexer face à ce sujet et vous encourager à vous lancer.
Le premier conseil qu’on vous donne est de ne jamais rater une occasion de découvrir des toilettes sèches, chez des amis, en excursion ou dans des gîtes, et de poser des questions à ceux qui en font la maintenance.
Souvent, nos clients évoquent la peur du jugement de leurs invités, des réticences au sein de la famille, le fait d’être dans un appartement ou bien d’autres situations, qui, loin d’être un frein, sont à prendre comme une impulsion positive. Si l’installation d’un système à compostage intégré ne peut pas toujours être résolue rapidement, la mise en place de sanitaires sous forme de toilettes sèches basiques (une assise design, un simple seau et son bac à copeaux) permet de répondre simplement à la plupart de ces objections, tout en offrant un « petit coin » supplémentaire dans l’habitat.
Planifier les toilettes sèches dès la construction
Lors de la construction d’une maison, il est plus facile de planifier une installation conséquente qui permettra d’espacer le rythme d’entretien. Les systèmes de cuve à compostage à l’étage inférieur fonctionnent bien, mais demandent une conception et une installation parfaite de la ventilation, des drainages et du tuyau de chute. De même, la planification de toilettes à lombricompostage est plus facile lorsque le propriétaire en est encore au stade des plans.
Même dans un appartement
À mi-chemin entre les toilettes à compostage extérieur et la cuve complète de compostage intégrée au bâtiment, on trouve les toilettes à séparation des urines. Celle-ci se fait à l’aide d’une lunette spéciale.
Loin d’être une demi-mesure, le système séparatif est souvent bien adapté à un environnement déjà construit. Les liquides partiront par gravité aux eaux usées dans les canalisations existantes, un verre d’eau quotidien suffit pour rincer les tuyaux. Dès lors, pour chaque pipi, de telles toilettes permettent d’économiser entre trois et six litres d’eau. Elles doivent être en principe ventilées. Les matières fécales sont recueillies dans un seau et mises à composter. La mise au point d’une litière spécifique pour les matières fécales et/ou la pose d’un filtre à charbon est actuellement à l’étude. Les toilettes à séparation sont une des pistes d’avenir pour récupérer facilement le phosphore de notre urine. Au lieu de l’évacuer dans les eaux usées, on peut aussi l’utiliser diluée avec de l’eau pour arroser le jardin : pour une unité d’urine, il faut huit unités d’eau. De plus, le compostage des matières, moins humides, économise de la litière, ce qui peut être appréciable en appartement.
Comment faire son choix
Bien sûr, avant de faire un choix, il faut faire le tour d’un certain nombre de questions telles que :
L’élément clé : le compostage
Le compostage est l’aboutissement de tout système de toilettes à humus et doit faire l’objet d’une attention particulière. S’il n’est pas prévu dans une cuve au sous-sol de l’habitat, il sera installé au jardin en prenant soin qu’il ne soit pas lessivé par les pluies grâce à une couverture (couvercle, bâche…). Il faut aussi veiller à ce que les écoulements (lixiviats) soient recueillis. Ils peuvent servir d’engrais et être épandus en dilution d’un litre pour huit à dix litres d’eau, mais ne peuvent être directement infiltrés dans le sol. Par ailleurs, le contenu ne doit pas être accessible aux intrus (rats, renards, souris, chiens… et enfants).
De tels composteurs conçus pour les écotoilettes et déchets de ménage existent clés en main et sont simples à installer. Il faut toutefois les considérer comme de gros ventres digesteurs que l’on doit nourrir correctement. L’ajout d’éléments liquides et / ou azotés (urine, fanes et épluchures) doit être compensé par l’addition de litière carbonée pour que le processus de digestion se passe bien (copeaux, paillette de chanvre, feuilles mortes, cartons déchiquetés menu…). Relevons encore que si le compostage est fait correctement, il ne génère pas d’odeurs.
Et les microbes ?
Les microbes pathogènes sont détruits par le compostage. L’Office mondial de la santé recommande dix-huit mois de compostage des matières fécales avant d’utiliser le compost dans les cultures maraichères. Dans les composteurs fermés, tous les microbes pathogènes sont tués si le contenu a atteint 70 degrés pendant trois jours.
Toilettes sèches et épuration des eaux
Outre l’économie d’eau, la production de compost, l’économie de mètres linéaires de tuyaux d’égouts, une habitation équipée de toilettes sèches peut viser l’autonomie dans son assainissement. En effet, débarrassées de matières fécales, les eaux ménagères ou eaux grises (appellation enfin officielle des eaux ménagères sans déjection) sont désormais faciles à traiter localement à l’aide de filtres spécifiques… un autre sujet bien passionnant.
Exemples concrets
Pour vous convaincre de vous lancer, je citerai trois exemples :
* Le terme écotoilette englobe ici toute sorte de toilettes alternatives, qui ont des dénominations variées comme : toilettes sèches, toilettes à compost, toilettes vertes, toilettes à humus, toilettes sans eau, WC à compost, etc.

