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Charging Electric Car

Une batterie sur roues dans son garage

Les stations de charges bidirectionnelles permettent de recharger son véhicule électrique tout en fournissant du courant au bâtiment. On s’épargne ainsi l’achat d’une batterie séparée. Seul bémol, le prix de ces équipements, encore très onéreux.

L’électrification de la Suisse est en bonne voie. Le photovoltaïque a le vent en poupe et la mobilité électrique gagne du terrain, d’où une demande accrue de stations de charge individuelles. Une solution toujours plus appréciée consiste à relier celles-ci à des panneaux solaires et à alimenter sa voiture avec l’électricité produite sur le toit. Mais le système ne fonctionne que dans un sens et il n’est pas possible de réinjecter ce courant dans le réseau domestique. À moins de disposer d’une station de charge bidirectionnelle, qui transforme la batterie du véhicule en accumulateur à disposition du logement. Mais la différence de prix est substantielle : jusqu’à CHF 1400.- pour une station de charge standard, CHF 10 000.- à 15 000.- pour une station bidirectionnelle. Vaut-il la peine de dépenser autant ?

Le véhicule comme power bank
« La station de charge bidirectionnelle rend superflue l’acquisition d’un accumulateur fixe. S’il faut compter environ CHF 10 000.- pour un accumulateur de 10 kilowattheures (kWh), ce n’est pas une mauvaise affaire », calcule Roger Buser, professeur à l’Institut des techniques du bâtiment et de l’énergie (IGE) de la Haute École de Lucerne. D’une capacité de 20 à 100 kWh, une batterie de véhicule n’a donc « aucun problème » à fournir les 10 kWh requis. « Le propriétaire d’une installation solaire consomme environ 30 % de sa production. Avec un accumulateur de 10 kWh, ce taux grimpe à 60 %. Au-delà, le potentiel d’optimisation devient beaucoup plus difficile à exploiter ». Une unité de stockage « sur roues » est intéressante si l’on souhaite augmenter au maximum la part de ses besoins couverts par son installation solaire. La forte hausse du prix de l’énergie facilite l’amortissement et on économise la redevance d’utilisation du réseau.

Mauvaise volonté du secteur automobile
Un obstacle de taille vient des constructeurs, y compris le géant Tesla, qui brident la capacité des batteries et ne jouent pas le jeu. Pour l’instant, seuls les modèles japonais (Nissan Leaf, Honda) peuvent être branchés sur une station bidirectionnelle. Lancé en 2022, le projet « V2xSuisse » vise à tester le dispositif sur une flotte de 50 Honda de la société d’autopartage Mobility. Les premiers résultats sont très positifs, et les fabricants de stations escomptent que la technologie décollera tôt ou tard.
Outre des moyens conséquents, l’acquisition d’une station de charge bidirectionnelle nécessite encore une certaine dose d’idéalisme, car il est impossible de calculer l’amortissement au franc près. Notons que quelques communes et cantons prévoient des subventions à l’achat.

L'auteur :

Michael Staub

Extrait de la Revue HabitatDurable 76 :

Auto en emporte le vent – Réquisitoire contre l’automobile

« Il est précisément le temps de trahir. Non pas, évidemment, la parole donnée ou l’amitié promise. Mais de trahir l’héritage qui interdit l’ailleurs. » Aurélien Barrau, il faut une révolution politique, poétique et philosophique.

Et si cette salvatrice trahison dont parle Aurélien Barrau pouvait passer, au moins un peu, par le jeu ? Un jeu d’enfant, dont les règles s’inventent à mesure qu’on y joue, et qui s’autorise tous les possibles. Pas de grandes décisions qui engagent avec elles la vie et la mort, pas de subtile conceptualisation qui exige une connaissance détaillée de la situation, juste un jeu qui propose de tenter quelque chose et de voir ce qui produit ensuite.

Premier jeu : nous sommes dans un tribunal et nous pouvons faire le procès des automobilistes. Bien sûr qu’il n’y a pas de vrai tribunal, bien sûr que les automobilistes, individuellement, sont soumis à des pressions professionnelles, des exigences familiales, etc., bien sûr qu’en vrai, on pourrait débattre mille ans. Mais jouons le jeu, faisons-leur un procès, attaquons aussi méchamment que possible et voyons ce que ce jeu-là nous apprend du réel. Voilà qui peut étonner : par ce jeu, notre regard sur la ville change. Le bitume est soudain exclu de la normalité, il apparaît dans toute sa violence, avec tout ce qu’il empêche de vivre.

C’est ça, la force du jeu, c’est de nous faire voir que ce que nous croyons éternel, immuable, ce que nous pensons être une « réalité » dont on ne peut pas s’extraire, n’est peut-être qu’une construction, un accord, une convention, un choix.

Introduction_Sassoun Arapian

Ce texte a été lu au Festival Explore à Genève le 6 mai 2022.

Dans les médias ou lors des repas de famille, on entend souvent qu’il ne faut pas culpabiliser les gens sur les questions écologiques, cesser les discours anxiogènes, etc. Pour sauver la planète, il suffirait d’inciter les gens à changer de comportement. Il faudrait des discours positifs, un nouveau récit enthousiasmant, faire confiance au bon sens, au sens des responsabilités et à la rationalité naturelle des humains.

ourtant, malgré la multiplication des COP(1), des alertes écologiques, des films inspirants et des livres de solutions, le bilan est sans appel : on n’a jamais autant émis de CO2 ni constaté autant d’extinctions d’espèces que depuis qu’on en a conscience et qu’on dit s’en préoccuper. Et absolument rien ne permet de prédire une quelconque amélioration.

Pour comprendre comment nous fonctionnons, nous, enfants gâtés de l’Anthropocène, il faut se tourner vers les sciences sociales qui nous apprennent à nous comprendre et à tempérer notre foi inébranlable en nous-mêmes. La foi en « l’individu rationnel maître de son destin » nous fait oublier un peu vite nos représentations déplacées, nos croyances irrationnelles et nos paradoxes. Force est de constater qu’entre la lointaine perspective de sauver la planète et le prochain week-end au chalet avec le 4 ×4, la puissance du plaisir immédiat pour soi-même l’emporte sur l’abstraite satisfaction que procure un comportement exemplaire…

De toute façon, qui juge de la probité d’un comportement ? Certes, des procès climatiques s’attaquent aux gouvernements pour leur inaction ou tranchent sur de grandes questions théoriques comme l’état de nécessité et l’atteinte à la propriété privée. Mais ces procès restent très symboliques et sans effet direct pour la planète. Probablement que leur finalité réside en fait bien plus sur la nature de l’argumentation que dans ses effets concrets. Le procès est une tribune qui questionne les liens entre justice et légalité, avec leur justesse et leur légitimité. Le texte qui suit(2) propose un « réquisitoire en 7 minutes » du procureur lors d’un procès. Il s’attaque à une pratique chez nous répandue et banalisée, mais bien délétère : l’automobilisme.

Cher·e automobiliste, il n’y a rien que tu ne saches déjà dans ce réquisitoire. Tu peux le lire sans crainte. Mais il devrait te proposer une autre perception de ce qui te semble acquis à jamais. Les temps changent. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui n’acceptent plus ta voiture, ni celle de tes comparses. La colère gronde…

Le-a procureur-e : « Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs les jurés,

Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour juger les automobilistes. Je vous démontrerait qu’ils sont coupables de multiples chefs d’accusation envers ma cliente – l’Humanité – représenté ici par le ministère public et vous, Mesdames, Messieurs de l’audience.

Mesdames, Messieurs les accusé·e·s, automobilistes de tous bords, la fête est finie. Il est temps que justice soit rendue. Oh, ne faites pas les innocents, les naïfs. Personne ici n’est dupe : avec vos mines déconfites et vos aires de chiens battus, vous dissimulez des âmes fourbes et des esprits malsains. Car tout ce que votre passe-temps coûte à la planète, à la société et à vous-même, vous le savez déjà. Et pourtant vous persistez.

Mesdames, Messieurs les jurés, ceci est, aux yeux du ministère public, une circonstance aggravante. Aujourd’hui, il est temps de leur faire payer – et cher – leur irresponsabilité.

D’abord, automobilistes, je vous accuse, au nom de l’Humanité, d’avoir détruit nos villes. Car pour y passer avec vos véhicules, il a fallu transformer rues, ruelles, chemins et avenues en route et autoroutes. Et transformer jardins, potager, parcs et cours en parkings.

Tous les usages de l’urbanité – se promener, marcher, se rencontrer, partager, discuter – ont disparu au profit exclusif de votre circulation pestilentielle. Pour pouvoir rouler à la vitesse de votre marotte, vous avez obtenu la ségrégation et le sacrifice de l’espace public. Dans le rapport de force entre les usages de la rue, vous avez gagné : 2/3 des espaces ouverts en ville sont consacrés à votre joujou. Et aujourd’hui que reste-t-il aux pauvres, aux oubliés, aux sans-voitures qui sont rejetés sur des trottoirs exigus ou des pistes cyclables indigentes ?

Pour vous, la ville a été entièrement imperméabilisée. On n’y trouve plus de sol, plus de terre, plus de vie. Tout est lisse et continu. Tout n’est plus que bitume ou béton stérile.

Automobilistes, je vous accuse d’avoir détruit le territoire et enlaidi les paysages : grâce à vos voitures, vous êtes partis vivre à la campagne, vous avez construit votre rêve individuel de liberté, dans votre villa, barricadés derrière votre haie de thuyas, enfin seuls. Vous avez passé vos samedis dans les centres commerciaux et les embouteillages des zones périphériques.

Et il vous aura fallu rouler bien des heures pour pouvoir admirer les derniers paysages vierges qu’on ne retrouve plus que sur carte postale. Car ailleurs, tout n’est plus qu’infrastructures, trémies, tunnels, ponts, parkings, échangeurs autoroutiers, giratoires. Ah oui, les giratoires, fleuris ou décorés de la spécialité du coin, cache-sexes de la misère routière, sont du niveau de votre médiocrité. Qui peut bien se satisfaire de tels pastiches ?

Et qui paie vos kilomètres d’autoroute à 140 millions, vos tunnels ou vos ponts ? L’impôt pardi, nous toutes et tous, même celles et ceux qui n’ont pas de voiture et n’ont jamais demandé à se commettre dans ce massacre paysager.

Automobilistes, je vous accuse encore d’émissions de CO2 et de pollutions : vos machines émettent des particules qui intoxiquent nos poumons et nos aliments. Le bruit incessant de vos moteurs à explosion provoque des troubles du sommeil et empêche d’aérer les nuits d’été, mais vous n’en avez cure. C’est à la ville et aux bâtiments de s’adapter, pas à vous.

Et le dioxyde de carbone ? Le dérèglement climatique ? Ses conséquences catastrophiques ? Vous n’en avez pas encore assez entendu parler ? Vous savez que votre pratique est responsable d’un tiers de ces émissions sur notre territoire. Et pourtant vous faites toujours plus de kilomètres, toujours plus souvent, avec des véhicules toujours plus lourds. Alors maintenant vous sortez de votre chapeau magique la mobilité électrique ? Mais c’est un leurre qui n’abuse personne – ou presque. Son impact écologique est presque aussi catastrophique. Mais vous y êtes aveugles, car ce ne sont malheureusement pas vos jardins que l’on éventre pour extraire les 80 kg de cuivre nécessaire à votre mirage technologique !

Automobilistes, je vous accuse de nuire à votre propre santé et ceci à nos frais : en devenant dépendant de votre excroissance carrossée, regardez-vous : vous êtes devenus sédentaires, grassouillets ou même franchement obèses. Qui paye pour les soins de vos maladies cardio-vasculaires ? Nous toutes et tous : quand l’individu triomphe, c’est la collectivité qui trinque.

Et regardez-vous prendre l’auto pour aller chercher du pain à la station essence à 300 mètres de chez vous ou pour amener vos enfants à l’école. Pourquoi ne vont-ils pas à l’école à pied ou à vélo ? Parce que c’est trop dangereux à cause des voitures, pardi ! Et vous continuez de vous acheter des SUV ou des 4 x 4 parce que c’est moins dangereux. Pour vous, bien sûr. Avec vos carrosseries disproportionnées et vos pare-buffles qui vous rendent invulnérables, vous êtes les prédateurs de l’espace public. Ah, si au moins vous n’écrasiez que vos propres enfants !

Enfin, automobilistes, je vous accuse d’atteinte à la liberté, une des valeurs cardinales des droits humains. Vous avez imposé votre diktat : vous avez transformé les villes, le territoire, les paysages, et pollué de façon irrémédiable. Mais vous avez aussi pris possession de nos esprits : comment échapper à vos publicités omniprésentes, à vos inforoutes incessantes, à vos salons de l’auto, à vos films et séries consacrées ? Comme spectacle quotidien, il ne nous reste plus que peinture métallisée, accélération puissante, conduite virile, queue de rat au rétroviseur, jante alu, châssis rabaissé. Nous sommes en plein dans Idiocracy(3) . L’Humanité a été abrutie. Mais aujourd’hui elle se révolte et réclame des comptes.

Vous pourriez me rétorquer que la voiture, c’est quand même bien pratique. On peut se rendre dans des lieux inaccessibles en transports en commun. On peut transporter de grosses charges. On peut la remplir de passagers et presque en faire un transport collectif. On peut la partager avec des voisins. On peut ne l’utiliser que rarement. Eh bien oui, Mesdames, Messieurs, nous ne jugeons pas la voiture aujourd’hui. Nous demandons des comptes aux automobilistes ! C’est de son usage que vous êtes coupables.

Alors, au nom de l’Humanité, je demande que votre peine soit proportionnelle à l’ampleur des catastrophes à venir. Je demande le bannissement. Laissez-nous en paix. Quittez nos quartiers, nos villes, nos montagnes et nos campagnes. Et si vous êtes capables, repentez-vous. Changez de mode de vie. Revenez dans le droit chemin.

Réapprenez à apprécier le calme, l’odeur des saisons, la marche à pied. Souvenez-vous que vous aussi, avant d’être tombés dans l’automobilisme, vous étiez des êtres humains.

Rappelez-vous vos rêves de ville idéale, une ville pour les humains, une ville sans voiture.

(1) COP, Conférences de Paris, réunions des états signataires pour fixer des objectifs climatiques mondiaux. A lieu chaque année depuis 1995 (sauf en 2020).

(2) Ce texte a été lu au Festival Explore à Genève le 6 mai 2022.

(3) Idiocracy, 2006, film réalisé par Mike Judge

(4) Bilan CO2, personnel du soussigné : 4,64 t eq. CO2/an et 1,06 planètes selon le Calculateur d’empreinte écologique | WWF Suisse

Extrait de la Revue HabitatDurable 72 :

L’auteur

Laurent Guidetti
Architecte-urbanite EPFL SIA FSU,
TRIBU architecture

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Moins de places de stationnement pour une meilleure qualité de vie

La proportion de ménages sans voiture est en hausse constante depuis les années 2000. En parallèle, les quartiers épargnés par les nuisances du trafic automobile et pourvus d’espaces publics conviviaux ont la cote. Inévitablement, la place de la voiture dans les quartiers d’habitation est remise en question. Les arguments favorables et les bons exemples tendent à le démontrer : il est possible de construire en limitant la place allouée au stationnement.

En Europe, mais aussi en Suisse

Allemagne, Autriche, Luxembourg, Pays-Bas, Suède : l’Europe offre de nombreux exemples de quartiers ou d’immeubles construits sans places de stationnement. En Suisse aussi, la tendance se répand ; elle est d’abord apparue du côté alémanique, mais la Suisse romande commence à rattraper son retard. La plateforme Habitat à stationnement réduit de l’Association transports et environnement (ATE) recense 26 quartiers construits et 12 en projet.

Une tendance urbaine qui se développe aussi en milieu rural

Les premiers quartiers sans ou avec moins de places de stationnement se sont d’abord développés dans les villes en raison de la bonne desserte par les transports publics. Mais les régions rurales, a priori moins favorables à ce type d’habitat, commencent à s’y mettre. C’est le cas à Aegerten, dans le canton de Berne, où 44 logements et 10 chambres pour un bed & breakfast seront construits et pourvus de 24 places de stationnement seulement. Le quartier est mal desservi par les transports publics, mais les autorités ont tout de même accordé le permis de construire, puisque la coopérative d’habitation a mis en place un concept de mobilité et propose des solutions d’autopartage.

À Affoltern am Albis, dans le canton de Zurich, 16 appartements sont sortis de terre sans aucune place de stationnement pour les habitant·e·s (mais 2 places pour les personnes en visite ). La bonne desserte par les transports publics a motivé l’autorisation de construire, mais une aire de réserve pour d’éventuelles places de stationnement est prévue en cas de besoin.

Travail d’équipe, communication et mobilité alternative

Que faut-il pour réussir la conception d’un quartier d’habitat à stationnement réduit ? Plusieurs maîtres d’ouvrage ont été interrogés sur les facteurs de succès de leur projet. Dans leurs réponses, ils citent le plus souvent la mobilisation de toutes les personnes impliquées ( autorités, politique, voisinage ) dès la phase initiale et le soutien dans la commune, mais mentionnent aussi l’importance d’une communication ouverte associée à une campagne de sensibilisation, des objectifs clairs dès le début ainsi qu’une volonté permanente de réalisation. Une bonne desserte par les transports publics et suffisamment de places de stationnement pour les vélos viennent compléter la liste des facteurs incitatifs.

Des avantages pour tout le monde

Bien que les bons exemples se multiplient en Suisse, les mentalités doivent encore progresser à ce sujet. Les avantages sont pourtant nombreux. Pour les promoteurs, un projet d’habitat à stationnement réduit permet de réaliser des économies en termes de construction et de maintenance des routes. Le prix des logements est abaissé et les espaces ainsi libérés sont dédiés à de nouvelles utilisations.

Les communes sont également gagnantes : en plus de la diminution du trafic motorisé sur les routes locales, l’habitat à stationnement réduit contribue à des structures économes en énergie et ainsi à la société à 2000 watts. L’espace libéré entraîne un gain d’espace sans perte de qualité de l’habitat. Les commerces, services et offres de loisirs locaux sont davantage utilisés et animent les quartiers. Les habitant·e·s ont plus d’occasions de se dépenser grâce à la promotion du vélo et aux mesures pour favoriser la mobilité piétonne. Enfin, en améliorant la qualité de vie, ces projets concourent à une meilleure image de la commune.

Pour la population, la réduction du trafic individuel motorisé diminue les nuisances environnementales et le danger d’accidents routiers. Il est possible d’aménager davantage d’espaces verts pour le jeu, la rencontre et la détente et, grâce à la promotion du vélo et de la marche, bouger au quotidien devient plus agréable. Sur le plan économique enfin, les coûts des places de stationnement répercutés sur les locataires disparaissent.

Pourquoi pas vous ?

Vous souhaitez planifier un quartier ou un immeuble sans ou avec moins de places de stationnement et avez besoin de conseils ? Profitez de la nouvelle offre de conseil de l’ATE et de sa plateforme Habitat à stationnement réduit (HSR). L’offre de conseil s’adresse aux investisseurs immobiliers, aux bureaux d’urbanisme, aux gestionnaires immobiliers municipaux et aux coopératives d’habitation. www.ate-hsr.ch (planifier & construire)

Éxtrait de la Revue HabitatDurable 66

L'auteure

Émilie Roux
chargée de projet à l’ATE

Mobilité électrique

Mobilité électrique : Faire le plein à la maison

Les propriétaires de places de parcs et de garages devront un jour ou l’autre se poser la question des bornes de recharge pour les voitures électriques. Il est donc judicieux de planifier le plus tôt possible de telles installations.

La production de voitures à moteur thermique de­vrait prendre fin dans treize ans, si l’on en croit la Commission européenne. Le but étant que les nouveaux véhicules soient neutres en CO2 à l’horizon de 2035. L’Association transports et environnement ( AT E ) demande que la mise en circulation de véhi­cules neufs roulant aux énergies fossiles soit inter­ dite dès 2030. Les fabricants de voitures se préparent à ce changement: Ford prévoit de vendre unique­ment des voitures électriques en Europe dès 2030, et Opel vise 2028. La coopérative d’autopartage Mobility souhaite avoir un parc de véhicules entièrement électriques en 2030. Les membres d’HabitatDurable bénéficient d’ailleurs d’un abonnement à l’essai à moitié prix dès cette année.

Mais les voitures à combustion classiques ne dis­ paraîtront pas de sitôt. En 2021, elles étaient encore 4,4 millions en Suisse, pour seulement 1,5 % de véhi­cules électriques. Une étude du bureau d’étude EBP Suisse SA prévoit 24 à 36 % de voitures électriques en 2030.

Voitures électriques plus écologiques

La charge environnementale des voitures électriques est moins lourde que celle des voitures classiques, de même que leur poids sur le portemonnaie. « Si l’on tient compte du prix d’achat, des frais d’exploitation et de l’entretien, les voitures électriques sont plus
économiques que les voitures roulant à l’essence ou au diesel ; elles ont aussi moins d’impact sur l’envi­ronnement » informe Stéphanie Penher, responsable du secteur Politique des transports et campagnes à l’ATE. Des calculateurs permettent de déterminer à partir de quel kilométrage les émissions de CO2 sup­plémentaires dues à la fabrication sont compensées.

Anticiper l’installation de bornes

Les utilisateurs de voitures électriques chargent leur véhicule là où celui-­ci est le plus souvent stationné, c’est-­à-­dire à la maison. Il est donc important que les propriétaires immobiliers se préparent à une de­ mande croissante de possibilités de charge.
Il existe des prescriptions des fournisseurs d’énergie pour l’installation de bornes électriques, afin de ne pas surcharger ces dernières. Dès que plu­ sieurs véhicules sont chargés à un même endroit, il faut gérer la puissance de la station de recharge. Il est vivement conseillé de mettre en place des Wallboxes, des installations intégrées dans le mur. Urs Salvis­berg de la société sympacharge offre un conseil indé­pendant. Il estime que cette consigne est trop rigide : « elle date de l’époque où l’on croyait qu’il fallait une puissance de 22 kW pour charger toutes les voitures, ce qui n’est pas le cas. Il serait plus judicieux de fixer une puissance maximale ou un pourcentage de la puissance du raccordement du bâtiment ».

Dans les copropriétés par étages (PPE), il est im­ portant de régler la répartition des coûts des bornes électriques. La solution doit être équitable et ne faire participer que les copropriétaires qui souhaitent pro­ fiter de l’installation. Urs Salvisberg a œuvré à la mise en place de bornes de recharge dans une PPE avant même que la première voiture élec­trique n’ait été achetée. Les frais à charge de tous les copropriétaires doivent se limiter au strict nécessaire et concerner seulement l’essentiel, par exemple la pose de câbles. La technologie de contrôle et la com­munication sont préparées, mais installées seule­ ment lorsque plusieurs voitures doivent être char­gées.

Il n’existe actuellement aucun droit à une possi­bilité de chargement à son domicile. Jürg Grossen, conseiller national, président de Swiss eMobility et membre d’HabitatDurable, souhaite changer cela. Il a déposé une motion au Parlement fédéral. « J’ai fré­quemment des demandes de personnes qui n’ont pas accès à une station de charge parce qu’elles ha­bitent dans un locatif. Cela freine le développement de la mobilité électrique. Il nous faut rapidement une solution qui permette aux locataires et coproprié­taires de charger leur véhicule de manière simple et efficiente. »

Selon leur commune de domicile, les proprié­taires qui procèdent à ces aménagements dans des maisons plurifamiliales peuvent prétendre à des subventions.

L’énergie du soleil

Les besoins en électricité pour la mobilité augmen­tent : des estimations mentionnent 15 à 16 térawatt-heures d’ici 2025. Ce courant doit provenir de sources renouvelables, sinon l’avantage écologique des véhicules électriques est remis en question. L’énergie solaire a de loin le plus grand potentiel : « l’électrification de la mobilité et l’installation ac­ crue de panneaux solaires photovoltaïques doit aller de pair », estime Anders Gautschi, directeur de l’ATE. Le courant photovoltaïque produit localement peut être injecté directement dans les voitures électriques, sans stockage intermédiaire. Une étude de l’EPFZ le démontre, 56 % des besoins propres peuvent être couverts ainsi. « Ce taux élevé nous a étonnés », déclare Henry Martin, auteur de l’étude et doctorant à l’Institut de cartographie et géoinformation de l’EPFZ. « Le chargement intelligent peut augmenter notable­ ment la consommation propre et le véhicule être uti­lisé de manière aussi flexible que s’il était chargé au secteur. »

Le lampadaire comme borne de recharge

Le vrai enjeu consiste à offrir des possibilités de re­ charge aux automobilistes qui ne disposent pas d’une place de stationnement propre et qui se garent avec un macaron au gré des places disponibles. La Ville de Berne a trouvé une solution créative : le char­gement à un lampadaire. Daniel Hutter, product ma­ nager mobilité d’ewb, le fournisseur d’électricité pour la ville, fait part des premières expériences en la ma­tière : « depuis l’automne passé, nous avons pu noter une augmentation de la demande. La durée de stationnement moyenne était de 9 heures, le temps de charge d’environ 4,5 heures. La puissance de 3,7 kW s’est révélée concluante, puisque dans ces cas la voi­ture est branchée pour la nuit. »

Pour conclure, il faut se rappeler que les voitures électriques restent des voitures. Elles prennent au­ tant de place que les modèles à moteur thermique et sont aussi dangereuses pour les cyclistes et les pié­tons. Il est toujours préférable de renoncer totale­ ment ou partiellement à la voiture ou de la partager. Un vélo, éventuellement électrique et si nécessaire avec une remorque, peut remplacer la voiture pour de courtes distances. Mais s’il faut une voiture, un modèle électrique est le meilleur choix.

L'Auteur

Nadim Chammas
Rédacteur

Éxtrait de la Revue HabitatDurable 65

L’essor de la mobilité électrique pose de nouveaux défis aux propriétaires

Près d’une centaine de nouveaux véhicules électriques sont immatriculés chaque semaine dans notre pays. Un demi-million de vélos électriques circulent déjà sur les routes suisses. Et la tendance va en s’amplifiant. Il vaut la peine d’anticiper ces conséquences à long terme, en particulier pour les propriétaires d’immeubles et les maîtres d’ouvrage.

Au chapitre de la mobilité électrique, la Suisse accuse un retard certain. Pour chaque voiture à propulsion hybride ou électrique, on compte 55 véhicules roulant à l’essence ou au diesel. En Norvège, ce rapport est de 1 à 2. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique font cependant état d’une nette progression.

L'auteur

Andreas Käsermann

Andreas Käsermann
Responsable d'information et des médias d'HabitatDurable

Éxtrait de la Revue HabitatDurable 47

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